La piste aux étoiles

Parler de la piste pourrait se limiter à évoquer un spectacle des jeux du cirque où des acrobates bodybuildés se collent des grands coups de casques en tournicotant les guitares à 120 tour minutes et se refusent à rétropédaler une fois la ligne franchie…oui certes…mais pas que ! Alors quoi de mieux qu’une initiation pour tordre le cou à ces idées reçues !?

Notre guide spirituel dans la quête de l’anneau s’appelle Loic alias Lolo. Sprinter doué et doté d’une giclette sans précédant, il use tous les ans en février le macadam de la piste de Damazan. L’invitation est envoyée aux coursiers de Cahors Cyclisme et rapidement 8 candidats au manège répondent présent : l’infatigable Nico Garach : gros rouleur qui rajoute toujours 1 h après la sortie collective, Nico Lafuste : il débute mais il sait déjà tout faire, Quentin : bien posé, bien à plat sur la machine à la façon poursuiteur, Greg : motard dans l’âme, toujours la poignée dans le coin, Théo : le culot de la jeunesse, Christophe : l’expérience et la science du vélo, une valeur sûre, Lolo : le boss, la force tranquille et Fred : préparateur, chauffeur, mécanicien, photographe et psychologue !

A la sortie 27 après Limoges, Fred tourne à gauche en direction de Bonnac la Cote…Pas grand monde dans le coin…et au beau milieu de la campagne profonde du Limousin, telle la soucoupe volante du Gendarme et des extraterrestres apparaît le Vélodrome Raymond Poulidor ! Lolo nous attend en compagnie de la responsable du site. Passage par le sas ou les vélos réservés sont entreposés. On rentre dans le nid…et là whaooo !!! 45° ça impose et je vous parle pas de la température mais bel et bien du degré d’inclinaison du virage ! Plus personne ne parle…ça parait impossible…mais on a tous hâte d’aller s’y frotter !

Chacun récupère son vélo et procède aux réglages de la hauteur de selle. Ici on est pas chez le loueur de vélo de Valras plage…Les vélos sont neufs , propres et bien équipés. Coté esthétique c’est sobre, un noir mat et profond qui semble porter le deuil de ton pote que tu viens de crucifier sur la ligne !!!

Avant de partir comme des lions sur La piste (au risque de finir comme des couillons !)…nous effectuons nos premiers tours de roues sur pignon fixe sur le petit anneau. C’est comme quand tu vas à l’Archipel et que tu te trempes dans la pataugeoire avant d’aller nager dans la grande piscine !!! Méfias tout de même, le virage revient très vite…ça tourne, ça tourne !

Trêve de plaisanterie, Lolo reprend les commandes de cette joyeuse équipe. Donc à la piste il y a de la signalisation au sol et des codes à respecter…oui Monsieur ! En moins de 2 minutes Lolo nous parle de ligne bleu qu’il ne faut pas franchir si un gars roule en contre bas dans le couloir rouge et noir. Et si tu le dépasses par la gauche tu peux finir sur la côte d’Azur…! On se regarde tous 30 secondes…on acquiesce à la question c’est bon pour vous ? et on file sur l’anneau en se disant « lui il faut pas l’énerver au sprint il a débranché les fils du cerveau » !

Aller on prend nos marques en roulant file indienne et passant des relais à chaque virage. Nico Lafuste est fringant et ça tombe bien il a trouvé le compagnon de jeu idéal en la personne de Nico Garach. Pas besoin de mettre un jeton dans la machine pour un tour supplémentaire…lui c’est comme Obélix sauf qu’à la place d’être tombé dans la marmite lui il a attrapé le pompon géant à la fête foraine et il a droit de tourner à vie sur l’anneau !!!

Tout à coup, Fred ouvre le portillon qui donne accès à La piste…maintenant il ne faut pas s’échapper. Les regards sont tournés vers cette rambarde au zénith du virage. Il n’y pas de corde, pas de piolet et pas de baudrier…je vois pas comment on va passer ce virage au dessus de la fameuse ligne bleu. En 2 secondes Lolo dissipe tout malentendu… »vous inquiétez pas les gars, vous me suivez, on va y aller progressif et en quelques tours on frôlera la rambarde ! » « oui chef ! ». Et effectivement, petit à petit on y arrive tout naturellement…les choses sérieuses peuvent commencer !

On tourne avec passage de relais, c’est grisant de s’écarter dans le virage puis de recoller derrière la troupe. Il faut être attentif car nos réflexes de routiers qui usent et abusent des freins sont bien là… Une pause est bienvenue pour récupérer avant de partir à la faute.

Il est de temps de jouer et ça tombe bien Lolo connaît une multitude de jeux Nathan… Nathan, des jeux intelligents ! On va défier le chrono sur un 200 m lancé. 2 tours de chauffe et tu donnes tout dans le 3ième. Facile….pas tant que ça ! Christophe nous donne une leçon d’expérience : prendre de l’élan, plonger dans le virage et tenir en point de mire la ligne noire…14 »04…propre et efficace ! Théo sans complexe laisse échapper la fougue de sa jeunesse…13 »48 ! Derrière ça plafonne au dessus de 14 ». Lolo bon dernier à s’élancer va remettre l’église au centre du village…13 »18 ! A la neuvième tentative, Nico Garach jette l’éponge et nous lâche comme ça « de toute façon j’ai pas les fibres rapides d’un sprinter »…Tout le monde acquiesce et reprend sa ronde tel les poneys du manège de la fête foraine.

L’heure tourne et ça commence à taper dans les organismes. Il faut dire qu’il fait à peine 14 ° dans ce vélodrome. On se fini en beauté par une course à point sur 40 tours….1 sprint tous les 10 tours, classement sur les 3 premiers. Chassez le naturel et le coursier revient au galop ! Il n’y a plus d’amis, c’est la guerre. Fred donne le départ et d’un commun accord le peloton reste groupé sur les 8 premiers tours…la vitesse augmente petit à petit…prochain tour le sprint et Lolo fait le forcing, suivi de Quentin. Je passe Nico Garach sur la ligne pour la 3ième place et je plante une banderille dans la foulée ! Ça explose, on se retrouve à 6 ! Je réalise que je me suis emballé…je vois des étoiles. Nico Garach prend les commandes et impose un tempo élevé. Personne ne bouge dans sa roue. A l’approche du sprint, Lolo nous refait la même et glane les points du sprint suivi de Quentin et Théo. Rebelotte l’infatigable Nico Garach se remet à la barre et il peut compter sur le soutien de Nico Lafuste qui tente une échappée ! c’est gonflé mais quel panache ! derrière on s’accroche comme on peut et ça revient. C’est nerveux et Théo évite de peu de toucher la roue de Quentin. L’approche du sprint final arrive…ça fait bien 10 tours que je n’ai pas mis le nez à la fenêtre…hé hé…J’attaque au son de la cloche (dans ma tête la cloche !!!)… le trou est fait, seul Lolo est dans ma roue et grand seigneur il me laisse passer la ligne en tête ! Fred déclare Lolo grand vainqueur…la patron a montré de quel bois il se chauffe !

Il est temps d’arrêter, la fatigue est bien là. Les hamsters continuent de tourner pour passer la barre des 70 km (je vous laisse calculer combien de tour ça représente !).

Une belle journée s’achève ainsi au Vélodrome Raymond Poulidor de Limoges. Un grand merci à Lolo pour nous avoir initier à la piste pour laquelle nous avons maintenant un nouveau regard. On s’est amusé comme des gamins. Promis on reviendra avec une plus grande délégation Cadurcienne !

Apéro bien mérité à Limoges. A la tienne à la mienne…on en revient toujours aux bases. Merci Fred pour avoir joué les SAM et ramené tout le monde à bon port !