Tour du Lot 2020

Après 2 ans d’absence, le Tour du Lot revient en force en pleine crise du Coronavirus. Comme si cette boucle est l’antidote pour s’évader et faire une pause dans ce monde réel et anxiogène qui rythme notre quotidien depuis plusieurs mois. Dimanche 19 juillet, nous sommes 12 au départ de Labenque. 12 copains prêt à en découdre et animé d’une volonté de finir ensemble. On part de Lalbenque et on revient à lalbenque…telle est la devise du Tour du Lot !

Il est 5h30 ce dimanche et visiblement la nuit a été bien arrosée dans le bar de Lalbenque. Le rendez vous est fixé devant la mairie. Cette année c’est Hugo qui a lancé l’appel du Tour du Lot. Malheureusement pour lui une tendinite au tendon d’Achille le contraint de renoncer au dernier moment.

Notre peloton est composé de la fratrie Mathieu et Nicolas GARACH, l’équipe père et fils Alain et Loïc IGNACE, la doublette Montalbanaise Mathieu PERGET et Julien SCHICK, notre infirmier Damien ROCHE, le solide maçon Nicolas COURPET, la jeunesse culotée Flavio VETTORETTI, Loïc CAZAGOU et Clément DELCROS. Pascal assure l’assistance au volant du fourgon de Cahors Cyclisme. Et Jean Luc enfile le chasuble de l’Equipe pour nous suivre sur la moto de Sylvain !

Sébastien Nodari, 1er adjoint de la mairie de Lalbenque, nous accueille et pause à nos côtés sur lesmarches de la mairie. Il est 6h17…aujourd’hui on fait du vélo…c’est parti !

Direction Limognes. Mathieu Garach fait le départ comme à son habitude…rapidement il rentre dans le rang. Pétard mouillé…non la route est longue et la consigne est claire, on se met par 2 et on prend des relais sur 5 km. Interdiction de dépasser le 32 km/h. Les gars sont sages, ça tourne bien. Le soleil se lève et nous aveugle, le vent de face est modéré.

On supporte le gilet et les manchettes dans la descente sur Cajarc…mais la journée s’annonce chaude. Mathieu Garach fait la descente. Le groupe se disloque, c’est parti… les hostilités sont lancées. Regroupement général à Cajarc. Il nous reste encore 20 km de vallée avant d’attaquer la bosse de Faycelle. Rythme de sénateur jusqu’au pied de la bosse. Loïc Ignace prend les choses en main avec Damien. Le tempo est parfait dans cette ascension. Mais notre pompier de service ne l’entend pas ainsi, il se jette comme un beau diable dans la descente avec Nicolas Courpet dans sa roue. Mathieu Garach comprend vite la manœuvre et n’entend pas laisser partir ce duo. Il plante une banderille et rejoint les fuyards. S’en suit une folle partie de manivelle à 50 km/h à laquelle nous assistons d’un air médusé…sont-ils devenus fous ! Regroupement à Figeac….attention la route est encore longue…Il est 8h15 et nous avons parcourus 70 km à 32 km/h de moyenne.

Nous remontons le Célé en direction de Bagnac. La route rend bien et nous avançons gentiment. Dans 8 km on attaque les choses sérieuses…Dès le pied de la bosse Loïc Ignace se met à la barre avec Schico. Ça roule bien, juste ce qu’il faut. Mais les grimpeurs on des fourmis dans les jambes. Mathieu Garach prend un relais appuyé. Je trouve l’allure un peu rapide mais tout le monde suit. Les pourcentages sont moins forts et nous prenons de la hauteur en continuant sur ces longs faux plats montants. Le rythme est toujours soutenu et c’est maintenant Nicolas Garach qui à l’air de fumer la pipe en prenant les rennes du peloton…facile le gars.

Il est 9h40, nous avons parcourus 100 km. Il est temps de faire le plein des bidons à Latronquière.

15 mn d’arrêt et nous repartons dans la descente gravilloneuse du lac du Tolerme. A Senaillac Latronquière dès le pied du Pas des Aubinié un groupe de 5 prend le large. On retrouve les hommes forts à l’avant : Mathieu Garach, Mathieu Perget, Alain Ignace, Julien Schick et Nicolas Courpet.

Nicolas Garach prend les commandes et ramène les attardés à l’avant de la course ! Les descentes sont infernales. Mathieu Perget se porte à l’avant systématiquement. Il ne faut pas lâcher les roues… Juste avant Calviac nous croisons le régional de l’étape Fabien Delpy qui vient à notre rencontre.

Quand tout à coup radio Tour annonce un problème mécanique pour Nicolas Courpet à Comiac…visiblement il y a un noeud dans la chaine et le DI2 n’apprécie pas. Heureusement Pascal (doigt de fée) s’occupe de l’affaire et tout rentre dans l’ordre au bout de 10 mn. C’est un ouf de soulagement car il aurait été dur de perdre notre solide maçon sur indicent mécanique !

Descente technique à Laval de Cère. Je pars à la faute et m’arrête juste contre la rambarde du virage. On se calme et le talus de Laval de Cère est monté gentiment. Nous avons maintenant 30 km de plat à parcourir avec le vent de côté en direction de Vayrac. Mathieu Perget imprime le tempo d’entrée, Alain Ignace vient lui prêter main forte…le compteur reste bloqué à 40 km/h. Bon je comprend qu’il sera difficile de raisonner cette folle diligence. Allez continuons ainsi et adviendra que pourra. Pendant ce temps Clément Delcros monte dans le camion. Il attaque un stage avec Aix demain, faire plus de 10h de vélo ne serait pas une bonne idée !!!

2 km après les Quatre routes nous tournons à gauche pour monter à Sarrazac. Chacun son rythme. Devant ils ne sont pas venus pour trier les lentilles. Derrière ça gère et ça mouline !

Nous arrivons pour 12h30 à la moitié de notre périple. 176 km parcouru toujours à 32 km/h de moyenne. On trouve un coin à l’ombre et 40 mn d’arrêt sont nécessaires pour se ravitailler. Chacun y va de sa recette secrète. Salade de pâte pour les uns, sandwichs pour les autres et Ratz pour d’autres.

13h10, il faut repartir. La chaleur écrasante nous annonce une rude après midi. Mais il en faut plus pour nous arrêter. Je prend les commandes avec Schico et nous roulons bon train pour remettre gentiment en route. Coup de tonnerre le TER Cahors/Brives de 13h26 stoppe notre progression. Nous sommes arrêtés devant la barrière du train. Tout le monde garde en tête la mésaventure d’Arnaud Démarre à Paris Roubaix…Alors de peur de prendre une pénalité par l’UCI nous attendons sagement la levée des barrières pour repartir.

Le plateau est un peu accidenté après Gignac et il reste 14 km pour atteindre Souillac. En bas il fait chaud. Il va falloir calmer le jeu sous peine de couler une bielle. Mais les gaziers ne l’entendent pas ainsi, il y a toujours un motivé pour tirer la troupe. Alors ça roule !

Nous franchissons la Dordogne à Cieurac juste après Souillac. La tentation est grande de s’arrêter faire un plouf. Mais il faut continuer.

200 km au compteur et le groupe reste bien soudé. Le prochain arrêt est fixé à Gourdon dans un peu moins de 25 km. Un long faux plat montant avec un vent défavorable. J’ai toujours du mal à digérer cette partie…je n’échapperai pas à la règle pour cette édition !!! Mathieu Garach allume la mèche avant le Roc. Mathieu Perget insiste de son côté…38, 39 km/h, ça roule trop vite. Je me porte à leur niveau pour les freiner mais en vain. Je me retourne. Tout le monde suit alors continuons ainsi, les locomotives se font plaisir. A Lamothe Fénelon c’est Nicolas Garach qui tire à 35 km/h dans le faux plat…soupe à la grimace pour ma part. La bosse éparpille les plus faibles et nous reformons le groupe rapidement pour arriver sur Gourdon.

Flavio est sur ses terres, il imprime le tempo. Le vent est plutôt favorable. Nous connaissons la route sur le bout des doigts : Gourdon, Salviac, Cazals…A Salviac Flavio et Loic Cazagou nous quittent. C’était entendu dès le départ. 240 km pour eux, c’est déjà une belle virée pour les jeunes.

Le lac est en vu à Frayssinet. Ravitaillement 3 étoiles, Mme Garach nous attend avec des crêpes et des fruits frais. On se refait la cerise. Mathieu ne résiste pas à piquer une tête. C’est l’été !

Nous repartons pour 20 km de vallée en faux plat descendant. Pascal nous accompagne en vélo. Le vent est défavorable. Le one man show Perget peut commencer. Le bougre se met à la barre et amène le groupe à plus de 40 km/h. Son relais semble interminable. Derrière ça bouge pas une oreille. Alain embraye juste derrière, un ton en dessous et ça fait du bien. Il tourne les jambes à merveille à 38/39 km/h. Tout le monde prend son relais et s’écarte en fonction de son état !!! Nicolas Courpet finit fort du côté de Fumel…on arrive vers la dernière partie du Tour du Lot.

Juste avant Fumel Mathieu Garach est prit de crampes. Le dernier tronçon va être difficile à gérer. Cela fait plus de 10h que nous sommes partis. Le compteur affiche 275 km, la moyenne flirte avec les 33 km/h et la fatigue s’installe. Nicolas Courpet a le maillot blanchi par le sel mais son coup de pédale est toujours aussi puissant. Julien Schick serre les dents depuis un moment mais il gère à merveille dans un jour sans. Loic Ignace à les pieds en feux sinon tout baigne. Nicolas Garach donne l’impression d’être parti pour une sortie de 2 h. Damien Roche avance au mental, il m’impressionne. Alain Ignace tourne les jambes comme une horloge Suisse, rien ne bouge et c’est terriblement efficace. Mathieu Perget s’amuse et passe ça journée à venir me rechercher dans les bosses, j’ai l’impression de me balader avec mon border colie ! De mon côté c’est pas glorieux alors je gère dès que ça grimpe car il reste encore 70 km avec la traversée du Quercy Blanc. Voilà l’état des troupes qui rentrent dans l’inconnu car au fil des km ils repoussent leur record de distance.

Le talus de Fumel est toujours aussi délicieux. A Mortayrol, Mathieu Garach monte dans le camion, crampé comme jamais. Il fait chaud et un arrêt robinet nous fait du bien au sommet de la bosse de Mauroux.

On repart, Mathieu Perget ouvre la route sur le plateau. Encore 9 km de répit et il faudra enchaîner 4 jolies bosses pour atteindre Castelnau Montratier. Je lâche dans le talus après St Matré. Je garde Damien en point de mire et j’attend que Mathieu vienne me rechercher…voilà mon programme pour les 20 prochain km ! Au km 300 Mathieu Garach remonte sur le vélo à Belmontet…il veut finir ce Tour du Lot sur le vélo. Voici Montcuq et l’eau turquoise de son lac.

Il faut serrer les dents dans la rampe de Montcuq. Tout à gauche et sauve qui peut. On avance, on avance, même si on à pas assez d’essence disait Souchon…c’est exactement ça pour ma part. Regroupement à Escayrac, on recharge les bidons…il ne reste plus que 2 bosses avant Castelnau.

Nous y sommes, regroupement général au rond point de Castelnau. Il ne reste que 19 km en faux plat montant. Le groupe reste soudé pour finir ensemble. C’est dur pour certains, les crampes arrivent. Mais nous allons y arriver ensemble, Pascal joue au grand frère et prête main forte aux décramponnés.

Stupeur dans le peloton lorsque Mathieu Perget se met torse nu…coup de chaud, il craque et redevient enfin humain. En fait pas du tout…Mathieu profites du soleil couchant pour peaufiner son bronzage car il déteste la marque du cycliste !!!

Nous arrivons à Lalbenque en fanfare à 19h30. 345 km pour 3600 m de dénivelé. 31 de moyenne pour la lanterne rouge (et ils m’ont bien mis dans le rouge !) et 32 pour les locomotives. Quel régal de partager ces longues heures de selles entre copains. Ils étaient tous néophytes, sans avoir jamais osé dépasser les 250 km. Et bien ils l’ont fait…on l’a fait en roulant sans calculer et en se faisant plaisir. Je garde 2 images en tête pour symboliser ce Tour du Lot : le visage de Damien déterminé et blanchis par le sel et puis la photo de groupe à l’arrivée sur les marches de la Mairie de Lalbenque.

Un grand merci à Pascal pour sa bienveillance et sa bonne humeur , Jean Luc pour ses photos et le film, Sylvain pour avoir piloté la moto dans la descente de Laval de Cère, Clément pour ses encouragements et Cahors Cyclisme pour le camion dans lequel on peut rentrer beaucoup de roues !

C’était beau, c’était chez nous et on y reviendra !

6 réflexions au sujet de « Tour du Lot 2020 »

  1. Super circuit et incroyable performance ! Tellement fou que j’y aurais pas pensé! Mais ça donne envie d’essayer

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  2. Le mental. Quand il n’y a plus de jambes, quand les forces nous abandonnent il reste toujours le mental… Et les copains! Voilà ce que j’ai appris ce dimanche. Merci encore et continue dans le journalisme on se régale!

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  3. C’est excellent!!! Je me suis délecté de ton récit en me disant « put… que ça donne envie , mais… put… c’est des grands malades!! » 😊

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  4. Très beau reportage tout en couleur et bien commenté.

    Tu est un très bon rédacteur

    BRAVO 👏👍

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