Brest / Perpignan

L’idée avait germé dans la tête de Franck en janvier. Rapide coup de fil à Nico, qui lui aussi, avait en tête d’en faire une depuis un moment. Ni une ni deux, la décision était prise en 1 heure : notre première diagonale sera Brest – Perpignan, et nous la ferons fin juin. Le départ du Tour de France devant être donné le 26, date que nous avons également choisi (!), nous décalons de 2 jours afin de ne pas se retrouver bloqués.

Un rapide coup d’œil sur la carte, et les hébergements aussi sont décidés rapidement : le circuit passe en effet par Montauban, où nous avons l’embarras du choix, mais aussi 2 autres lieux de la famille de Franck (St Nazaire et Châteauneuf sur Charente près d’Angoulême), ceux-ci nous accueilleront. Quelques jours plus tard, Anthony, à qui on ne donne pas le choix, est réquisitionné. Nous partirons à trois.

Nicolas : Nico, le capitaine de route incontesté, notre référent : même s’il n’a encore fait aucune diagonale, Nico a 5 Paris-Brest-Paris à son actif (et à 43 ans seulement !), dont le dernier à une allure vertigineuse, et au moins autant de brevets de 400 et de 600. Un atout indéniable, avec 2 faiblesses majeures toutefois :

  • Malgré son habitude des longues distances, Nico doit muscler son jeu pour progresser et arriver à dépasser les 25 de moyenne.
  • Consulte en moyenne une dizaine de spécialistes par an pour réviser sa position sur le vélo.

Franck : Francky, grand pratiquant de voyages itinérants cyclotouristes dans sa jeunesse. Souffre d’une carrière cycliste internationale stoppée net au grand Prix de Vaour 2008 : 13 ans après les faits, il est toujours persuadé qu’il a gagné, mais qu’il a été officiellement seulement classé 3ème du fait de ses penchants complotistes. Cette diagonale est l’occasion de ré-orienter sa carrière.

Anthony : Antho, enfin, le néophyte en cyclotourisme et longues distances, mais toujours partant dès qu’un défi se présente, et un peu le lanceur d’alerte du groupe, comme en attestent les échanges de SMS ci-dessous : [Information contextuelle importante : les dates de la diagonale ont été fixées fin Janvier]

Le 7 juin, 5 mois plus tard donc, message d’Antho :

  • « je viens de voir que nous débarquerons à Brest en plein Tour de France dans cette zone ». Et il rajoute « étonnant comme coïncidence » !
  • Nico : « Oui Antho. Initialement on devait partir le week-end mais on a repoussé notre départ à cause du Tour »
  • Antho (à qui on ne la fait pas) : « tu as vérifié que ces blaireaux ne courent pas sur notre parcours ? » [Nouvelle Information contextuelle importante décidée 2 mois avant : le trajet prévoit de faire une trentaine de kilomètres sur le trajet des blaireaux du Tour]

Brest Perpignan, c’est parti !

Rdv lundi 28 juin vers 8h à Montauban chez Anthony, Alain et Viviane nous amèneront avec la voiture d’Anthony. C’est parti pour 8 heures de trajet qui alternent soleil, et averses diluviennes, certaines nous obligeant à ralentir par manque de visibilité sur l’autoroute.

Ces 8 heures de trajet nous donnent l’occasion de consulter (enfin) le livret envoyé par l’association des Diagonales de France, qui servira de support à la dizaine de tampons. Stupeur dans la voiture : l’article 4 attire notre attention : « En cas de participation en groupe, les équipiers doivent en tout point être solidaires pour arriver ensemble au terme de la Diagonale » Quoi ? On va être obligés de rouler ensemble ?

La diagonale Brest – Perpignan, c’est 1080 kilomètres prévus, en 4 étapes de 270 km et 2300 mètres de dénivelé quotidiens en moyenne, à travers 13 départements, le tout en moins de 89 heures. Bref, un beau défi, et nouveau pour tous.

Vu les heures de selle prévues, le matériel, a été révisé, et est fin prêt. La sacoche aussi, obligatoire pour transporter un minimum de nécessaire de réparation, barres, et vêtements, crème solaire, et bien sûr l’Ami Tosyl, indispensable pour là où vous savez. Comme nous prévoyons de dormir dans la famille, Anthony et Franck on fait le choix de ne pas tout prendre sur le vélo pour être plus légers. Ils ont donc élaboré un algorithme extrêmement sophistiqué de sacs à déposer au préalable à chaque étape : 1 sac pour Brest, 1 sac à St Nazaire, 1 sac à Châteauneuf-sur-Charente, 1 sac à Reyniès, 1 sac pour Perpignan. Des mois de calculs pour déterminer quel sac va où, quand déposer les sacs, quelle tenue mettre, qui doit y aller, etc… Franck n’en dormait plus depuis des mois, il était temps que Juin arrive. L’algorithme de Nico est plus simple : il transportera toutes ses affaires sur son vélo tout le temps.

Comme prévu, en remontant sur Brest, nous faisons donc un arrêt express chez nos hôtes du lendemain soir près de St Nazaire afin de déposer le sac contenant les tenues et ravitaillements du jour suivant. Et le jour suivant, justement, le voilà.

Etape 1 – Mardi 29 juin – Brest / Prinquiau

Mardi 29 juin, 7h05, Commissariat de Police de Brest, pour le tampon obligatoire déclenchant le chrono des 89 heures. Il fait crachin sur Brest, et toute la matinée, avec parfois visibilité 300m quand nous atteignons les nuages en haut de certaines côtes. Bref, c’est confirmé : on est bien sur une diagonale qui commence en Bretagne !

Nous suivons le parcours du Tour de France du samedi sur les 30 premiers kilomètres (ce sera aussi le cas l’après-midi sur une vingtaine de km), lorsque un peu plus loin intervient le 1er événement majeur de cette diagonale : après avoir superbement ignoré la dizaine de panneaux indiquant « route barrée dans xx kilomètres », sans s’être un seul instant posés la moindre question, nous finissons par arriver à l’endroit où la fameuse route barrée est vraiment barrée. 1er constat : c’est une évidence, la route est bien barrée, tout était donc vrai. 2eme constat : ah oui… là, çà fait un gros trou à traverser quand même… Une diagonale étant une ligne droite entre 2 points, nous n’avons donc d’autre choix que de continuer tour droit. Nous décidons de passer l’énorme fossé de 2 mètres de profondeur en mode cyclo-cross avec le vélo sur l’épaule. Après quelques minutes, le chantier est passé, sans heurts, ce qui confirme que notre stratégie était la bonne.

Quelques kilomètres plus loin, 2ème épreuve : plusieurs panneaux successifs nous indiquent que la route va être barrée à nouveau. Comme nous sommes désormais habitués, et comme nous sommes toujours sur une diagonale, et qu’une diagonale est toujours une ligne droite entre 2 points, nous continuons tout droit. Je me souviens même avoir snobé le dernier panneau en le regardant d’un air supérieur et avec condescendance. Arrivés à la route barrée qui est vraiment barrée, nous constatons qu’encore une fois, tout était donc vrai. Mais la configuration des lieux est différente : cette fois-ci, le jeu consiste à marcher dans la boue (bien humide) sur 100 mètres, traverser une route à grand passage, puis renfourcher les vélos pour 200 mètres supplémentaires dans la boue. On aurait dû suivre la route de ces blaireaux du Tour, ils n’ont pas eu çà eux !

Vers 11h30, Anthony est frigorifié, faute d’avoir mis une tenue imperméable, victime du piège du crachin : tu ne sens pas les gouttes, mais à la fin tu es trempe ! Nous faisons halte à Gourin, pour notre première pause de mi-journée: sandwich jambon/beurre et viennoiserie ou tartelette (selon l’humeur du moment et l’allure des préparations) et dégustons tranquillement derrière la boulangerie, lorsque le boulanger ouvre la fenêtre de son atelier: c’est un boulanger-cycliste (mais oui çà existe) ; il vient de boucler la traversée des Alpes, et est heureux de rencontrer des aventuriers cyclistes comme lui. Discussion et remplissage de bidons.

15h45, arrêt tampon à la boulangerie de Elven . Cette fois-ci, le soleil est franc, nous ne prendrons plus de pluie de toute la traversée. Les grandes distances ont un côté à la fois jubilatoire et flippant. En tout cas, qui font tomber les standards du cyclo du dimanche matin : il est 16h, nous avons déjà parcouru la bagatelle de 170km, ce qui est quand même pas mal, et il ne reste plus que… 100 kilomètres ! C’est un peu assimilable à l’ivresse des grands espaces. Jubilatoire et un peu flippant.

On laisse le compteur passer 265km, et 3000m de dénivelé (on avait prévu 2300m !), et nous voilà arrivés chez nos hôtes du soir, Nicolas et Manue, qui habitent, détail important, Rue du Four (à Prinquiau, dans le 44, pour ceux qui s’ennuient et souhaiteraient vérifier. D’ailleurs, pour ceux qui s’ennuient vraiment vraiment, la liste des adresses de tous nos arrêts est disponible sur simple demande). Donc, disais-je, lorsque nous arrivons avec 20 minutes avant l’horaire prévu au 39 rue du Four, Manue, qui est meunière, n’est pas là : elle est au Moulin. Normal, elle ne peut pas être rue du Four et au Moulin en même temps. Le dicton ne s’était pas trompé. Elle arrivera un peu plus tard rue du Four, nous supposons qu’à partir de ce moment-là, elle n’est plus au Moulin. Vous avez compris : notre quotidien est un enchaînement incessant de jeux de mots aussi inattendus qu’incroyablement drôles, et ce pendant 4 jours. L’avantage sur une diagonale c’est que les blagues peuvent commencer dès 6h30 du matin, et jusqu’à 20h. Les premiers diagonalistes qui ont plus mal aux zygomatiques qu’aux quadriceps ou au dos de l’histoire des diagonales.

Nettoyage des vélos, douche, discussion, bla-bla, apéro… il est 21h15, çà fait plus de 2 heures que nous sommes arrivés, et on n’a toujours par mangé. Nico est au bord de la crise de nerf, Antho ne comprend pas ce qui se passe. Est-ce que quelqu’un a dit à ces gens-là qu’on vient de faire 270 bornes en vélo ?? Prenant son courage à 2 mains, Franck propose de passer à table. Appel entendu, quelques minutes plus tard, nous voici attablés dans une ambiance endiablée: nous sommes pas moins de 10 à table, avec les enfants et les copines des enfants ! Le diagonaliste solitaire qui roule jusqu’à la nuit et dort dans les fossés, ce n’est certainement pas nous !

Conformément à l’article 4, nous regagnons notre chambre à 3, pour une première nuit de récupération.

Récit : Franck

Etape 2 – Mercredi 30 juin – Prinquiau / Birac

6h30 pétante, il est temps de quitter la maison de Manue et Nico. Mille merci pour leur hospitalité et le repas 3 étoiles qui nous a remis d’aplomb pour affronter l’étape fleuve de cette diagonale. Aujourd’hui le menu affiche 300 km pour traverser 4 départements en direction de Birac en Charente. La brume se lève et le soleil perce. Le profil est descendant sur un enrobé digne d’un grand circuit. Facile…on se laisse porter et on révise nos gammes…dans 30 km on passe le Bac ! Séquence bucolique pour franchir la Loire entre Couëron et le Pèlerin.

La matinée se passe sans encombre mais avec une certaine platitude et l’entrée en Vendée n’arrange rien. Alors on s’invente des passes temps comme d’apercevoir le Puy du Fou puisque nous passons aux Essarts…Il nous faudra plusieurs km pour vérifier que le célèbre Parc se situe à Epesses, non loin des Herbiers ! La route s’élève enfin et nous arrivons avant 12h00 à notre point de contrôle de Bournezeau au km 124. Arrêt boulangerie avant d’attaquer l’après-midi en direction de la Charente maritime. Le vent souffle fort mais plutôt favorable. Tantôt de côté ou 3/4 dans le dos.

Il commence à faire chaud et nous perdons en lucidité…Au km 160 à Puyravault, nous filons tout droit au lieu d’emprunter l’itinéraire sur la D10A qui nous parait trop fréquenté. Le groupe se disloque jusqu’au moment où l’article 4 du règlement nous remet dans le droit chemin. Ça circule mais une bande cyclable puis une piste nous mettent à l’abri. Direction Marans aux portes du marais Poitevin. Vent dans le dos, c’est easy ! Mais une moissonneuse batteuse nous freine…rythme de sénateur qui nous repose un peu à l’approche de Surgères. 20 mn d’arrêt et ravito pâtisserie devant le château médiéval de Surgères.

La route est accidentée en direction de St Jean d’Angely. Tac, tac, tac…mon pédalier rythme la cadence et nous casse les oreilles dès que je force sur les pédales. Et il va falloir forcer car le mur de la Touzetterie se dresse devant nous. Au milieu de l’ascension un gars nous revient dessus. C’est la première fois depuis le début de la diagonale que ça arrive…Intrigué par nos sacoches, il comprend vite que nous ne faisons pas la sortie dominicale…Mais il y a un GPM à franchir et Antho n’entend pas se faire voler les points du grimpeur par une vedette locale…Ni une ni deux, il plante une banderille ! Stupéfaction de notre compagnon qui en pleine discussion se dresse sur les pédales pour rejoindre le fuyard. C’est magnifique, nous assistons à un sprint mémorable. Antho parvient à conserver son avance et lève les bras au sommet. Le gars doit nous prendre pour des fous mais visiblement il a apprécié cette passe d’arme. Il faut dire qu’il semble affûté et certainement dur à cuire. Très sympa il nous propose une pause fraîcheur chez lui mais nous devons décliner car le temps file et nous sommes attendus à Birac pour 20h19 si l’on se fie à notre feuille de route déclarée à Pascal Bachelard !

Il est 17h30 et il nous reste 60 km à parcourir. Nous rentrons en Charente au Pays du Cognac. Les routes sont belles, sans circulation. Ça commence à tirer dans les jambes. Un comité d’accueil nous attend à St Simon. Florence nous propose gentiment une citronnade maison…quelques secondes d’hésitation vu notre impératif d’arriver avant 20h19 puis nous acceptons volontiers ce rafraîchissement dans un cadre idyllique devant la Charente. Il reste 12 km dont le col de Birac à franchir. Nous voici arrivés…et il est pile 20h19 !!! Incroyable nous n’aurions pas fait mieux si nous avions voulu !!! Le compteur affiche 305 km et 1600 m de dénivelé. Les parents de Cécile nous attendent. Une douche, un peu de lessive, un bon repas et zou tous au lit. Le couché du soleil est superbe sur les vignes.

Récit : Nini

Etape 3 – Jeudi 1er juillet – Birac / Reyniès

Départ à 6h37 ! Cette fois-ci fini la plaine. Des enchaînements de bosses et la chaleur est annoncée dans l’après-midi. Franck connait le parcours comme sa poche. Quelques bandes de brouillard subliment un paysage de carte postale dans le silence de dame nature… Tiens tiens l’huile d’Antho appliquée la veille sur mes roulements est très efficace. Fini la boite à rythme ! Les talus sont raides et ressemblent au relief que l’on connaît bien. Rapidement on quitte manchettes et chasubles…il fait bon !

Il est 9h00, nous arrivons à Ribérac au km 58 et marquons notre premier arrêt boulangerie. Les habitants de cette bourgade sont très polis et nous souhaitent tous bon appétit. On file, une belle bosse de 2 km nous attend à la sortie du village.

On repart en direction de Bergerac. Il faut se protéger du soleil. Chacun sa méthode…Antho tartine allégrement la PF50+ tandis que Franck vaporise sur son corps sculpté. On va bronzer !

Après Mussidan, on suit la D709, bel enrobé mais route un peu large et trop fréquentée pour atteindre Bergerac. Alors ça file sur les portions roulantes et on temporise dans les bosses.

Nous arrivons un peu avant 12h00 à Bergerac. Il faut tamponner et nous tournons dans la ville pour trouver notre Amie Caline. La queue s’étend sur le trottoir lorsque Franck commande. Il lui faut en moyenne 14 mn pour choisir un sandwich jambon beurre et une tartelette au fruit.

On file en direction de Monbazillac puis Villeréal. Nous voici en Lot et Garonne et Il fait chaud, il faut s’arrêter pour s’arroser et remplir les bidons. La halle de Villeréal est superbe et je craque pour un demi. Un peu d’euphorie pour attaquer plus tard le passage à 19 % dans le mur de Monflanquin. Bizarrement Franck et Antho ne me suivent pas dans cette variante…

Tel des métronomes nous avançons rigoureusement selon l’horaire indiqué dans la feuille de route…Il est 16h22 et Serge nous attend depuis 3 mn au bar de Montaigu de Quercy ! Nous sommes heureux de rencontrer un Sariste…On en parle depuis le début de cette diagonale. En tant que bon néophyte, on se posait moultes questions sur cette légende urbaine…qui sont-ils ? que font-ils ? à quoi ressemblent-ils ? Serge nous a rassuré et a vite levé le doute sur cette fonction. Le Sariste est une sorte de St Bernard prêt à rendre service et friand de partager de nouvelles rencontres. On file et notre trio devient quatuor jusqu’au pied de la bosse de Montesquieu. Merci Serge pour ce moment passé.

Enfin Montesquieu…Un challenge est né durant la journée…claquer le KOM de Montesquieu ! La stratégie est simple, on part au pied à fond, on maintient au milieu et on sprinte à la fin… Ça c’est pas tout a fait passé comme ça ! on a zappé les 2 premières consignes par contre on a fini à bloc…assez fier finalement de notre prestation !

On retrouve nos routes Tarn et Garonnaises. Moissac, Gandalou puis Nivelle où on s’arrête prendre de l’eau chez Chantal.

Ça sent bon l’écurie, 246 km au compteur et il nous reste 20 km pour arriver sur le coteau de Reynies. Le dernier col de la journée est une simple formalité…les jambes sont lourdes et nous grimpons soudés et solidaires…conformément à l’article 4. Mon père nous retrouve avec son nouveau VTT électrique. Il est 19h43, 266 km pour cette 3ième étape…nous avons 8 mn d’avance sur notre feuille de route !

Piscine, bière et magret au programme. Bivouac digne d’un 4 étoiles !

Récit : Nini

Etape 4 – Vendredi 2 juillet – Reyniès / Perpignan

Le 4ème réveil mâtinal de cette traversée, le plus dur (la journée d’hier a laissé beaucoup de traces), d’ailleurs j’ai peu dormi, avec ce corps endolori malgré les bons soins de nos hôtes. A 6h30, on est tous les 3 sur la ligne de départ, on entrevoit la lumière au bout du tunnel : ce soir c’en sera terminé. Il fait déjà bon, la journée s’annonce chaude. On roule les yeux fermés sur nos routes, en longeant le Tarn jusqu’à St-Sulpice, en passant devant le pont écroulé de Mirepoix. Je reste sagement dans les roues de mes camarades, car comme tous les matins, j’ai un peu mal au ventre.

De gros travaux et une bonne circulation à Lavaur ne nous empêchent pas de trouver de superbes rubans ombragés après, à travers le département du Tarn, avec une première halte à St-Paul-Cap-de-Joux, puis une première longue côte nous emmène à Puylaurens : il nous reste des forces, c’est sûr.

On dégringole ensuite jusqu’à Revel, où à nouveau une circulation épouvantable nous attend. Mais dès la sortie,on est prêt à en découdre sur le premier vrai col de notre Diagonale, la montée des Cammazes (10km) : une première rampe dans la fournaise fait immédiatement le tri : Nico s’envole, Franck et moi on est derrière, puis replat à St-Ferreol (un lac carte postale invite à l’arrêt baignade) mais il reste encore 7 km, ce sera grand plateau, le désert sur la route : un régal, on est enfin dans la montagne, la Montagne Noire.

La route serpente sur les crêtes, puis nous redescendons sur le versant méditerranéen. A mi-pente, on s’arrête pour tamponner et se restaurer : il n’y dans ce village accroché à la montagne qu’une toute petite épicerie, mais la présentation des rares marchandises (genre magasin d’état avant la chute du Mur) n’incite guère à la consommation ; Franck résumera ainsi la situation : « tout ça manque d’amour » !

On continue cette belle descente, dans laquelle soudain je perds une pédale ! Qu’à cela ne tienne, au village suivant, une gentille ramasseuse de cèpes me dépanne d’une pince pour revisser tout ça. Arrivés dans le sillon audois, il fait de plus en plus chaud, on traverse le canal du Midi à Bram, puis s’ensuit une chouette partie de manivelles, avec des relais réguliers jusqu’à Limoux. Ce vent qui nous tourne autour, ça sent le Midi, ça sent la Méditerranée qui se rapproche.

A Limoux, un bel arrêt brasserie avec sandwichs, glaces, bière et remplissage des bidons : il fait CHAUD !

Devant nous la vallée de l’Aude, les Corbières, on file bon train à coup de relais bien appuyés jusqu’à Couiza. A gauche, on rentre dans la montagne, par une belle route légèrement montante, peu empreintée, vent dans le c… On grimpe à Rennes-les-Bains où une voiture de gendarmerie zélée nous demande de bien rester en file indienne, à un moment où… on était en file indienne !

Rennes, c’est un village iconoclaste qui attire les zozotériques de tout poil, puisque c’est dans ce coin que l’Apocalypse les épargnera selon la légende. Aussi on s’y désaltère, amusés par ces figures marginales qui défilent devant nous !

Direction Bugarach et son fameux pic, où nous attend le deuxième col de la journée, le Linas (5km à 6%). Etonnamment, bien qu’ayant déjà 200km au compteur, on ne sent guère la fatigue, la beauté des lieux et cette météo estivale ayant raison de nos courbatures. Je pars en facteur à 3 bornes du sommet, je pense que je tiens le bon bout lorsqu’à 1 km du sommet, je vois mes 2 compères revenir sur moi… en parlant. Là c’est psychologique, Franck place une première escarmouche, je change de rythme, c’est magique les jambes répondent ! Mais quand il attaque une deuxième fois, terminé pour moi, seul Nico suit et lui prend un relai. Franck termine le travail et franchi le GPM en vainqueur, on s’est bien marré.

La suite, c’est du grand spectacle, la route à encorbellement (à profil descendant) des gorges de Galamus, spectaculaires car très encaissées, avec quasiment personne, Nico en profite même pour aller voir l’ermitage.

Sortis des gorges, on arrive à Saint-Paul-de-Fenouillet, c’est le début de la fin de notre périple. Ce village catalan où on doit pointer ne nous laisse pas un souvenir impérissable.

Puis c’est une grande route toute droite à profil descendant, mais vent dans le nez, où on file bon train (des pointes à 50 km/h), flairant l’écurie au bout !

Sauf qu’une dernière tétine nous attend sur le GPS à Estagel, le col de Dona (5 km à 4%), qui nous permet d’arriver au dessus de Perpignan par les champs d’éolienne. Mes 2 camarades sentant ma déception sur le précédent col me laissent passer celui là en tête, c’est tout bon pour mon égo surdimensionné !

La fin n’est qu’une formalité à travers les villages autour de Perpignan (on n’échappe malgré tout pas à un « connards de cyclistes » au détour d’un virage), où on arrive vers 19h30, en plein match de foot de l’Espagne (ici elle joue à domicile) : que de gens attablés aux terrasses, après toute cette solitude…

On est content de tomber sur mon fils Arnaud qui nous attend avec nos affaires de rechange.

D’un commissariat à l’autre, la France en 4 jours, 13 départements traversés, un voyage express du Nord au Sud, les conclusions sont faciles à tirer : des habitats si différents, des modes de vie si opposés, et ne parlons pas des comportements sur la route (les bretons patients derrière les cyclistes, les fangios sanguins du Sud prêts à nous dépasser quelles que soient les conditions). Fascinant !

Enrichissant comme nos conversations aussi, car on ne fait pas que pédaler silencieusement quand on diagonalise…

Merci à vous mes 2 amis, pour m’avoir permis de vivre cette expérience, merci à tous nos hôtes.

Une seule question : qu’est-ce qu’on fait la prochaine fois ?

Récit : Anthony

Énorme merci à Viviane et Alain, qui nous ont amené à Brest, puis nous ont ensuite hébergé 1 nuit.

Merci pour leur accueil et leur hébergement à Nicolas, Manue, Jeannette, Pierre.

Merci à Arnaud, pour avoir fait le trajet à Perpignan pour nous récupérer.

Merci à Florence pour la citronnade sur les bords paisibles de la Charente

Merci à Cécile, pour ses encouragements en direct–live via le tracker sur internet