Entrez dans la Ronde !

Ça a la couleur du PBP, le goût du PBP mais ce n’est pas le Paris Brest Paris…c’est La Ronde Aliénor ! Une organisation sans faille, à taille humaine, un parcours varié, difficile et pleins de belles rencontres…bienvenu chez Aliénor…entrez dans la Ronde !

On s’élance à 5h48 précise. Notre SAS n°7 est complet, j’aperçois Urbain Bernardo que je connais de réputation tant son palmarès est élogieux. La trace GPS nous fait traverser le nord de Bordeaux par la piste cyclable. Urbain donne le tempo et ça ne suit pas derrière. Rapidement un gars de Rieumes nous rejoint…nous sommes 3 et c’est parti ! Le vent est plutôt favorable et la route toute plate. Ça roule bien et ça revient derrière ! Au bout d’une heure, un groupe d’environ 18 gars nous dépasse. Un abri précieux, on se glisse à l’arrière. 15 km avant le premier contrôle de Montpon-Menesterol, je m’arrête pour satisfaire un besoin naturel…impossible de tenir plus longtemps. En forçant un peu l’allure je retrouve le groupe 10 km après le point de contrôle. Ça roule un peu irrégulier et un peu vite aussi quand on sait le programme qui nous attend. Mais les jambe sont là, je n’ai aucun signe d’alerte… alors on continue. A périgueux c’est un quatuor qui nous rattrape. Là, pour le coup la vitesse monte d’un cran supplémentaire. Je retrouve André Ialenti avec qui j’avais discuté la veille. Avec un chrono en 43h08 au PBP, André est capable de rouler vite et longtemps. On avance bien et je fais ma part du travail,me surprenant sur mon état de forme. La moyenne dépasse les 29 et je ne pensais pas partir si vite au vu de mon entraînement…affaire à suivre !

Vaunac, 167 km au compteur, cela fait 5h45 h que nous sommes partis. 15 minutes d’arrêt, tampon sur le carnet et sandwich au jambon. Je retrouve les Angevins et notamment Lionel Delahaie, toujours fidèle au poste.

Nous repartons à 5 avec les 2 gars de Toulouse, très fort, Jean Michel du Var et André. Le circuit est casse patte et André est subitement pris de crampe. La chaleur s’installe et les deux gars de Toulouse ne faiblissent pas. De mon côté les jambes tournent à merveille. Nous doublons les Angevins et les bosses éparpillent notre groupe. Cela fait 7h que nous sommes partis et nous franchissons le km 200 en passant devant le château de Hautefort. La chaleur s’installe mais ça reste soutenable. Dans 45 km nous arriverons au prochain contrôle à Chartrier Ferrière… Ça roule fort dans la bosse avant le ravito. Le triathlète Toulousain donne le tempo plutôt soutenu. C’est du 5% mais le dernier km passe à 9 % ! Je décroche gentiment, le rythme ne me convient plus ! 25 mn d’arrêt, un plat de pâte avec de la ratatouille, des bananes…et c’est reparti ! Cette fois je reprend la route en solo, en mode gestion… la moyenne de 29 est déjà inespérée après 245 km. Il est temps de gérer son effort… la route est encore longue.

Je retrouve les routes rugueuses et le décors des chênes similaire au Lot. Cap vers l’Ouest ou je reprend un peu le vent de face. L’air est chaud, il fait soif. A St Genies, je prend la vallée de la Beune. Superbe route qui serpente en direction des Eyzies. La Vallée de l’homme. Je m’arrête pour faire une photo devant le musée de la Préhistoire et aussi pour me faire un plaisir dans une boulangerie… je suis hors circuit et je vais m’apercevoir qu’André m’a doublé à cet instant. Direction Monpazier par des routes que je connais bien. Il me tarde d’arriver au contrôle…ce tronçon de 80 km en solo a été difficile. Je me demande si je vais retrouver des roues pour le reste du brevet…? IL est 18h30, 336 km, cela fait 12h48 que je suis parti depuis ce matin. Sans surprise, l’accueil au contrôle est excellent. Un plat de pâte, du jambon et une grande bouteille d’eau minérale feront mon affaire. Je retrouve André qui lutte avec ses crampes, ainsi que Jean Michel du Var qui vient de dormir un peu. Je n’oublie pas d’envoyer des photos ou des nouvelles à la famille qui me suit à distance. 30 mn d’arrêt, maintenant il faut partir en direction d’Agen. Jean Michel m’accompagne et c’est tant mieux. C’est un solide rouleur et très agréable. Le profil est plutôt favorable et le vent de 3/4 dans le dos…. alors on roule ! Après Villeneuve sur Lot, nous reprenons des bosses et on monte à bon rythme. Nous arriverons à la tombée de la nuit à Agen…. c’est parfait ! Ce tronçon de 75 km effectué à 2 m’a remis en selle, je ne me sens pas fatigué et suis bien disposé à continuer ma route cette nuit. A 10 km d’Agen nous rattrapons André qui était parti avant nous. Il est 22h, 16h de vélo, 410 km… nous voici à Agen ! Je craque pour une omelette accompagnée de pâte. 40 mn d’arrêt et je profite de l’occasion à chaque contrôle pour recharger mon GPS et mon téléphone. Jean Michel va se coucher et je repars seul à la lueur de ma lampe. Le tronçon est long cette fois ci…100 km… il va falloir tenir. Direction Nérac. C’est casse patte, je ne dois pas rouler bien vite. En effet pour que mon GPS tienne la distance je l’ai configuré en mode économie d’énergie. Du coup je ne vois pratiquement jamais à quelle vitesse je roule. Le GPS s’éclaire lors des changements de direction. Au final, ça ne me dérange pas, je roule plus aux sensations sans être attentif aux paramètres habituels. Je pense voir des vélos au loin… des points rouges… qui s’avèrent être en fait tout sauf des éclairages arrière de vélo ! Classique ça me le fait à chaque fois que je roule la nuit. Mais bon sang, ça clignote au loin devant, je ne rêve pas. C’est André, c’est sûr ! voila une belle source de motivation. Je vais aller le chercher. Petite erreur de débutant, cette chasse va m’en coûter. Je sais que je vais m’arrêter dormir au prochain contrôle mais j’aurai dû plutôt m’économiser…. Effectivement il s’agit bien d’André et nous finissons les 20 derniers km ensemble. Il est 2h du matin et nous arrivons au contrôle Le Houga. 21h de vélo, 511 km… première journée bien remplie. Je mange encore et je m’accorde 2h de sommeil. Les bénévoles nous réveillent selon nos souhaits. Je dors mal mais qu’importe le corps récupère un peu. Il est 5h30, je prend une photo avec les bénévoles et zou… aujourd’hui il faut monter l’Aubisque !

Dur, dur, je roupille sévère. J’ai du laisser mes jambes au contrôle du Houga. Le soleil se lève sur les parcelles de maïs. La journée va être longue à ce rythme ! Avant Soumoulou, voila Hervé et Jean Michel qui me reprennent. Hervé vient de Dax et il a un joli coup de pédale, très véloce. Il est 9h, cela fait un peu moins de 27 h que nous sommes partis de St Médard en Jalles, 577 km. Le petit déjeuner est bienvenu. Nous retrouvons Urbain qui joue à domicile. Il s’accorde un peu de repos après avoir passé la nuit sur le vélo. Il y a aussi un couple Suisse que nous avions doublé en Dordogne. Très sympa, le gars me reconnais et parle de Nini Mouline !!! Sa compagne est impressionnante. Nous repartons à 4, bien décidés à escalader le Soulor puis l’Aubisque. C’est nuageux mais la météo est clémente… il ne pleuvra pas ! J’aime bien l’approche entre Nay et Ferrière. C’est vraiment irrégulier et les Suisses décrochent. Voila Ferrière et nous attaquons les 13 km d’ascension du Soulor. Hervé prend quelques longueurs. Je suis à la peine et je me dit qu’un 34×30… aurait été mieux que mon 28 ! mais bon ça va passer en prenant le temps. C’est dur mais cette ascension est un cap à franchir dans cette Ronde. Le ciel se dégage et laisse un panorama magnifique sur le cirque du Litor. Je me fraie un chemin entre les vaches et les brebis. Les cloches sonnent dans ce décors paisible. Enfin le Soulor est franchi. Il reste 7 km avant l’Aubisque mais en réalité la route ne s’élève que sur 3 km à 9 %. La Haut le plafond est bas et il faut se couvrir. 2h16 au total pour enchaîner Soulor/Aubisque ! On tamponne notre carnet. Je laisse filer Hervé le temps de prendre quelques photos. J’enfile quelques couches supplémentaires et tout schuss dans la descente. Ça va vite mais prudence car je suis raide, la fatigue et le froid font leur effets.

Il est 14h00, 655 km parcourus, le contrôle de Béost arrive à point. Un plateau repas 3 étoiles, confit de canard, pâté, gâteau basque…. on est bien là ! On retrouve André et Jean Michel. 40 mn d’arrêt et nous repartons à 3. J’ai du mal à me remobiliser. Une sieste serait bienvenue… mais ce n’est pas prévu au programme… tant pis ! Je m’arrose le visage, la lutte contre le sommeil dure 1 h et puis ça passe. Les relais tombent bien. Mes 2 compères sont équipés de prolongateurs. D’ailleurs beaucoup de randonneurs ont pris cette option. Cela semble efficace et la position soulage le dos et les poignets. Nous sommes au pied des montagnes, au beau milieu des parcelles agricoles. Le temps devient de plus en plus lourd. Nous rattrapons André juste avant le contrôle de Sauveterre de Béarn.

727 km, il est 17h30 et nous éprouvons le besoin de nous rafraîchir ! On boit beaucoup, on mange, certains se douchent. Après 40 mn d’arrêt nous repartons à 5. Puis arrive David de l’Ile de France. Il roule fort et nous double des les premières rampes. Finalement nous le récupérons et le groupe de 6 se constitue naturellement. Cette rentrée en Pays Basque est superbe mais très exigeante. André a du mal à suivre dès que la route s’élève. Il ne peut pas tirer sur le guidon à cause d’un problème à l’épaule. Il reste environ 50 km pour rallier St Jean, on le laisse terminer à son rythme. Le groupe avance bien, j’ai de la force et je fini bien cette deuxième journée. Passage à Cambo, Espelette puis St Pée. Nous croisons 2 gars qui sont déjà sur le retour car le circuit fait un aller retour à 10 km de St Jean. Hors de question de passer la nuit dehors, le groupe s’entend pour faire un arrêt de 4 h. Enfin nous trouvons la salle des fêtes, il est 22h, nous avons parcourus 811 km… Après discussion tout le monde est d’accord pour un départ à 3 h. En attendant on se restaure, comme d’habitude les bénévoles sont aux petits soins avec nous. Je dors mal sur les lits de camp et après 1h30 de sommeil je tourne en rond… En attendant mes collègues, je profite de l’occasion pour m’étirer le dos… ce réveil musculaire est bienvenu ! Il est 2h45 et nous repartons à 7. Direction Bayonne par la forêt d’Ustarizt et quelques joli talus.

Un bruit fracassant me réveille sur les bords de l’Adour… c’est André qui vient de chuter en tentant de rejoindre la piste cyclable. Le bonhomme est cabossé mais dur au mal… 30 mn d’arrêt pour réparer son pneu qui a éclaté et retrouver son GPS qui se cachait sous son cintre ! Nous repartons et je suis limite… je dors depuis ce matin, et l’allure est un peu trop rapide à mon goût. C’est décidé au prochain contrôle à Biarotte (arrêt photo) je vais laisser filer le groupe pour me reposer sous un abris bus. Il reste encore une longue journée à travers les Landes et il faudra lutter contre le vent. Je trouve un abri et je m’endors 15 mn. Je refais la même à St Vincent de Tyrosse 10 km plus loin !!! Ces 2 micro siestes suffiront pour me remettre en selle, je repars au lever du jour, bien décidé à boucler cette ronde. Place aux pistes cyclables et soudain voici Urbain qui me reprend. C’est une aubaine, je le récupère et sa compagnie me remet définitivement en selle. Siegnosse, Vieux Boucau, Moliets… c’est la route des vacances. Les pistes sont roulantes mais il faut souvent s’arrêter aux intersections et relancer la machine. Les poignets sont de plus en plus douloureux.

Nous voici au contrôle de Mimizan, il est 9h39 et nous somme au km 960. Le groupe que j’avais laissé filé, constitué de Jean Michel, Hervé, David, Mathieu et Laurent repars à notre arrivée. André se laisse du temps pour récupérer. On s’arrête 40 mn, un bon repas (pâte et steak) en guise de déjeuner et nous repartons déjà sous la chaleur. Le vent est contraire et les lignes droites interminables. Le prochain contrôle se situe à Biganos dans 100 km. J’assure presque tous les relais mais je n’en tiens absolument pas rigueur à Urbain. Le compteur est bloqué à 25 et cela devient très monotone. Au Muret, j’ai du nez pour trouver un point d’eau, on s’asperge abondamment, la chaleur s’installe. Cette dernière après midi va être un four. Le vent de face est vraiment gênant mais on avance avec comme objectif de rallier Andernos les Bains au km 1060 où nous nous arrêtons presque 1h. Il est 15h40, le soleil brûle. Direction le lac d’Hourtin. La route s’élève un peu sur les dunes. Mais notre avancée n’est pas glorieuse… Urbain lutte contre le sommeil. La partie sera bientôt gagnée car après Hourtin nous allons changer de cap et prendre le vent dans le dos… enfin ! Après une route des phares interminable, 2 bénévoles nous attendent tout là-bas. C’est le pointage d’Hourtin. 1121 km et changement de cap pour rentrer par le Médoc. A Lesparre, toutes les conditions sont réunies : vent dans le dos, profil descendant… il n’y a plus qu’à appuyer sur les pédales. On essaye de rouler à 30 km/h… l’essai s’avère non concluant ! Nous sommes incapables de passer la vitesse supérieure… ça tire de partout. C’est pas bien grave, nous reprenons notre allure de sénateur et direction le dernier contrôle ! Il est 20h30 quand nous arrivons à Cissac Médoc. 40 mn d’arrêt, une ventrèche, des frites et une bière au stade de foot. Il reste environ 55 km. Le soleil se couche sur les châteaux du Médoc. La route est superbe, ce final est agréable et relègue aux oubliettes les longues lignes droites Landaises !

Partis dans le même sas 65h55 plus tôt, nous arrivons avec Urbain à St Médard en Jalles le mercredi 6 juillet à 23h32. Ce fut une sacrée Ronde. Ce tour de l’ancienne Aquitaine est vraiment varié et ne se laisse pas cueillir comme ça. Au final j’ai découpé le brevet en 3 étapes : 510 km pour la première journée avec une pause sommeil de 2h, environ 300 pour la seconde journée avec une pause sommeil de 1h30 et un peu plus de 400 pour la dernière journée. Mon GPS affiche 1215 km et un dénivelé positif de 9700 m. 65h55 de temps total dont un peu moins de 16h d’arrêt et moyenne vélo à peine supérieure à 24… voilà pour les chiffres ! Je retiens surtout l’impressionnante organisation assurée par les bénévoles des RAA et des points de contrôle qui se sont mis en quatre pour nous. Un grand merci à vous toutes et tous… c’était top !